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" Je suis en bas de chez toi :-) ". Je descends les escaliers en un saut, cours à travers le salon, mais prends le temps de m'arrêter trois secondes derrière la porte. Que j'ouvre enfin. Il est là, et ça m'assaille, j'en tressaille. Il est si beau que j'en ai la tête qui tourne. Il pleut dehors, mais je me jette dans ses bras. Il me serre contre lui, mais, je dois rêver, j'ai senti un petit mouvement de recul.
On entre, on se raconte un peu ces quinze jours, mais assez vite, on se retrouve allongés. Nos mains réapprennent nos corps comme s'ils s'étaient quittés la veille. Mais il s'interrompt. Pour dire ces mots qui m'empêchent de respirer : "je ne suis plus sûr".
Il a l'air tellement sérieux, c'est une terreur froide qui glisse dans mes veines. Pas de larmes, juste le choc. Il ajoute que "ça" va surement revenir, que je ne dois pas trop m'en faire, et que si je préfère, il passe la nuit chez lui. On en reparlera demain. Dans un état second, je le laisse quitter la maison. Je retourne dans tous les sens ces quinze derniers jours de coups de fils et de sms pour me rassurer. Ils étaient normaux, tendres, amoureux. Mais il est si facile de tricher avec des mots. Je le sais aussi. Je fais le tour de la maison plusieurs fois. Mes parents, ma soeur, personne n'est là. J'ai le coeur gros, une boule dans la gorge qui ne cesse de grossir. Ou que je regarde, il y à des photos de nous deux. Quand je ferme les yeux, les souvenirs se battent pour passer premiers. Il y en à trop, ça me brûle les yeux, mes jambes fléchissent. J'attrappe le téléphonne, même s'il ne sait plus, je veux passer la nuit avec lui.
Une sonnerie, deux sonneries, une voix décroche.
C'est une fille. Je demande agressivement qui elle est. Non, je ne pense pas à une erreur de numéro, je connais trop bien le sien. Mais l'angoisse s'intensifie pendant qu'elle me répond. Elle a son téléphonne dans les mains, il lui a laissé le soin de répondre. Qui est cette fille et comment se fait il qu'elle a obtenu ce droit là?
Elle répond d'un rire, d'un sourire qu'elle s'apelle Estelle. Ne demande même pas qui je suis. Je suppose qu'elle a du voir s'inscrire sur l'écran "Nam", elle sait qui je suis. Elle finit sa présentation par : " Je suis sa copine". J'ai le coeur en miettes, mais je cours quand même jusqu'à chez lui. Consciente qu'elle sera là. J'ai envie de vomir à chaque pas. Mais je résiste.
Quand j'arrive, il a la déscence de la faire sortir. Il me serre contre lui, et me dit qu'il n'y a rien de sérieux entre eux. Je pense qu'elle est belle, et que j'avais mis toute ma confiance, tout celle que je n'accorde à personne en lui. Même quand il m'a confié ses doutes, jamais je n'ai pensé à une autre. Je suis comme anesthésiée.
Ma vue et mes souvenirs se brouillent ici. Je sais simplement avoir fait plusieurs allers-retours aux toilettes pour vomir. L'avoir laissé là avec une douleur si terrible que je titubais plus que je ne marchais. Je l'ai haï tellement. En comprenant que quoi qu'il se passe, il ne reviendrait pas. Je voulais le serrer à l'ettoufer. L'emprisonner. Qu'il entre en moi et ne me quitte plus jamais. En même temps j'avais si mal que je rêvais qu'il meure.
Le soir, il m'a rejoint chez moi. M'a promis que cette relation était toute nouvelle, et née après ses doutes. Qu'il était désolé de me faire souffrir. J'ai même esquissé un sourire. Je ne croyais pas en ses regrets. Je pensais juste il m'a trompé. Je voulais qu'elle reste l'autre, l'intruse, une pourriture. Une maladie, qui s'en va comme elle est venue. Pas une fois je ne me suis demandée si je voulais continuer cette relation sur un cadavre. Non, je voulais juste qu'elle souffre, qu'il souffre aussi, et que tout redevienne comme avant. Ce soir là, on a fait l'amour. Plusieurs fois. Je ne comprenais rien, mais sa peau m'empêchait de sombre. Il est partit très tôt le lendemain matin.. Sans me dire s'il allait revenir.
Par hasard, le lendemain, je les ai croisés ensemble dans le centre commercial de ma ville. Elle l'attendait à une table de brasserie, et lui faisait la file chez un bijoutier. La situation me paraissait absurde. Oui, je pouvais l'imaginer offrir un bijou à une fille. Mais pas à une autre que moi. Et encore moins un bijou venant d'une de ses vitrines ridicules ou tout est en or, de cet or doré et affreux. Je l'ai rejoint, il a eu l'air surpris. J'ai parlé très calmement au vendeur. Je voulais savoir à quelle date il avait commandé ce fichu bijou. Affreux, en plus. " Le 3 mai". A mon visage décomposé, le vendeur a compris que quelque chose clochait. Je lui ai facilitié la tâche : "Il me trompe, j'avais envie d'avoir une idée plus ou moins précise du début de cette relation."
Le bijou en question était une sorte de long poinçoin, en or. Je l'ai attrappé, et j'ai filé. Une seule idée en tête. La lucidité m'a permis de penser à glisser l'objet le long de mon corps, et de ne pas le tenir comme une arme. Pas tout de suite. Arrivée à la table de cette idiote, j'ai sortit son cadeau. Et je lui ai planté plusieurs fois dans le dos. Du plus fort que je le pouvais.
J'ai su à l'hopital psychiatrique qu'elle était morte. Ils m'y ont conduit de force. Il vient me voir parfois. De la culpabilité mal placée, je suppose. Il a foutu ma vie en l'air, et tué une greluche. Exterminé trois ans d'amour d'une façon si laide..
Le médecin m'a demandé hier si je regrettais mon geste.
" Non, bien sûr que non. Je suis parfaitement consciente qu'il ne reviendra pas parce que j'ai tué l'autre. Mais je voulais qu'elle souffre, qu'il soit brisé. Je ne voulais pas souffrir seule. Jamais plus je ne veux souffrir seule."
