Alors je m'autorise à penser à des bétises.
Et l'ironie de ces pensées, c'est que justement, ces rêveries que je m'autorise enfin pour quelques minutes sont celles qui me font peur le reste du temps.
Je me couche dans mon lit, serre une peluche qui sent l'odeur de mon amoureux contre moi, pose ma tempe droite, celle ou bat la migraine contre l'oreiller. Et j'attends que les battements diminuent, que la douleur s'estompe. Je profite de la quiétude de l'obscurité. Et ne sens plus qu'un mal de crâne un peu étrange, sans la lumière agressive, les nausées s'évanouissent. Je n'ai plus qu'à attendre le lendemain, et tout ira mieux. Dans ces cas là, je suis un peu dans le gaz. Ces migraines ont le don de me couper de la vie. Mon esprit divague. Je l'arrête quand il touche aux points sensibles. Et je me laisse aller. Dix minutes, pas plus. La plupart ces dix minutes de rêveries tellements différentes des habituelles suffiront à m'endormir.
Pendant ces dix minutes, je fais des projets incensés.
Je pense à dans un an, dans deux, dans dix. Je n'imagine que du positif. C'est la règle.
" Ma vie comme je la voudrais".
Ces mêmes pensées que je m'interdis en temps normal. Ces mots que je ne prononce jamais. Ces phrases que j'ai la casi certitude de garder.. Pour toujours.
Pour toujours, garder le silence.
Pas pour toujours, tout court.
Non, jamais.
J'imagine ma vie comme si tout allait bien se passer. Pas que je sois la plus pessimiste du monde, on me dit d'ailleurs "trop" naïve. Mais.. Quand on me parle d'amour toujours, j'ai tendance à rire un peu.
Je ris jaune. Jalousie, peut-être un peu. Terreur pure et simple, aussi. Mon ambivalence frise le pathétique.
S'il me disait qu'il m'aime pour la vie, j'aurais peur. Mais qu'il ne me le dise pas me fais lui en vouloir, de temps en temps. Je suis un paradoxe à moi toute seule.
Mais ces mots font partie de mes rêveries. Et pendant ces dix minutes, je me fous que cette phrase soit juste issue de mon imaginaire.
Mes rêveries ne parlent pas seulement d'amour. Ou peut-être que si, mais pas d'amour amoureux. Je sais que l'attachement aux animaux peuvent faire.. sourire. Mais a 19 ans, j'imagine parfois qu'il n'est pas mort. Comme ça, je peux revoir mon chat, y repenser sans avoir les larmes aux yeux. J'y pense et derrière ces pensées, je me répete : "il n'est pas mort". Comme ça, tout va bien. Pendant dix minutes.
La journée, je n'y pense jamais. Si mon esprit fait mine de s'égarer, je le rapelle à l'ordre. Non. Je n'y pense plus jamais. Seulement le soir, seulement dans mon monde parfait.
Et puis j'imagine un plus tard ou tout marcherait bien. J'aurais réussi mes études, mais curieusement, il ne m'apparait nulle part un boulot en rapport avec celles ci. Il y aurait juste cette sécurité qu'offre un diplôme. Mais chaque fois, chaque fois, je me vois dans une boutique. Derrière un comptoir. Oh, pas une grande enseigne, non. Quelque chose à moi. Un endroit dont j'ai déjà choisi le nom, et qui n'est que dans une partie de ma tête. Celle qui vit dix minutes par semaine. Parfois un peu plus quand j'ai trop mal à la vie normale..
De temps en temps, une fois par mois, ou par semaine, tous les jours, quand mon moral est en dessous de tout, je ferme les yeux sur ma vie, et j'ouvre une fenêtre sur un monde que j'imagine parfait.
Ce monde qui me fait si peur, mais tellement envie, parfois.
Ce monde qui n'appartient qu'à moi.
