Un chagrin plus gros que moi me pesait sur le coeur. Des larmes lourdes me coulaient sur les joues, sans que je ne les sente même rouler. Ca a duré tellement longtemps, qu'un jour j'en ai même fait des photos. Qu'il a osé trouver belles. Pures.
Qu'il ? Le responsable des larmes, bien sûr.
Le mauvais. Le premier.
Celui qui restera probablement toujours un mystère.
C'est quand même.. Perturbant. Lui, il adorait les photos de la tristesse qu'il avait lui même provoquée.
Et, encore aujourd'hui, la photo que mon amoureux préfère, c'est une photo ou j'ai les larmes aux yeux. Larmes aux yeux de le voir si proche d'une autre, avant d'être enfin à moi. Il n'a jamais su.. D'ou venait cet éclat au fond de mes yeux. Mais moi, si. D'une peur. D'une appartenance. Il a aimé la tristesse qu'il suscitait en moi, avant de m'aimer moi. Mais je m'égare..
Il m'avait dit, après avoir vu ces photos, dont il avait bien sûr exigé l'exclusivité, afin de les modifier à son gôut.. Que je n'avais jamais été si jolie.
Petite fille aux yeux bleus noyés.
Je lui en veux encore pour ses mots.
Je lui en veux encore pour toutes ses larmes.
Il passait les doigts sous mes yeux. Il se léchait les doigts, après.
Je n'y vois aujourd'hui qu'un peu de cruauté encore.
A ce moment là, j'imaginais je ne sais pas.. Qu'il devait m'aimer sacrément fort pour faire ce genre de choses.
Petite conne.
Il savourait juste..
Sa force.
Et ma faiblesse.
J'avais 16 ans, le coeur à l'envers, et un soupçon de force dont j'ai fait n'importe quoi.
J'ai tourné la tête d'un garçon, presque un homme, un "vieux". 18 ans, vous imaginez ?
6 mois ça a duré. Les allers-retours pour aller le voir là-bas..
" Je t'aime ". Il me le répetait si souvent. Je n'y ai jamais répondu. J'ai même ri, une fois.
Ma méchanceté comme unique bouclier.
Plus jamais je t'aime, plus jamais de sentiments, plus jamais mon coeur offert.
J'avais 15 ans, et je n'y croyais plus.
Il avait réussi ça, avec son sourire, celui qui faisait briller ses yeux. Bleus, bleus, bleus.
Bousillé l'espoir. Massacré le coeur. Effacé l'amour. Usé l'idéalisme. Tué une part de moi.
Et c'est ce garçon qui en a payé le prix. Il a eu la bétise de tomber amoureux de moi. Et moi la faiblesse d'en profiter. Ou le contraire. Pourquoi lui et pas un autre? Par facilité. Il habitait loin. Je pouvais être aussi salope que j'en avais envie.. A qui parlerait-il?
Mauvaise. Calculatrice. Méchante. Cruelle.
Besoin d'être la plus forte.
Je me souviens du jour ou il m'a dit d'une petite voix, dans l'oreille, tendrement :
" J'ai envie de faire l'amour avec toi."
Je me revois lui répondre que jamais, jamais je ne le ferais avec lui. Pas la première fois. Je ne ferais ça qu'avec quelqu'un que j'aimerais sincèrement.
Un monstre,
Il avait fait de moi un petit monstre.
Je suis partie, au bout de 6 mois.
Ne pensez pas que j'ai fait ça par gentilesse, pour le laisser vivre enfin.
Non.
Juste parce qu'enfin..
Mon amoureux avait envie d'être avec moi.
Et qu'avant d'être avec lui, je voulais être libre, totalement.
J'étais sur un nuage. Peut-être enfin ma belle histoire?
Je ne me suis pas trompée, quelques mois plus tard, on s'est embrassés.
Depuis.. Il est tombé amoureux.
On est amoureux. Depuis presque trois ans. Une belle histoire. Pas de sale, pas de mal, pas de jeu cruel. De l'amour. Du tendre, du vrai. Je ne suis qu'à lui.
Le garçon , le "vieux" de 18 ans, s'est pendu quelques mois plus tard.
Sa maman m'a confié son journal, il y à quelques mois.
Il parle de moi. Il y note tout ce qu'il ne comprend pas, tout ce qui le brise, l'esquinte un peu plus chaque jour. Mon indifférence, et la tristesse qui l'emplit.
Mon premir chagrin d'amour avait fait de moi une fille dont je ne suis pas fière.
Une fille comme lui.
Qui prend et qui s'en va.
Un fille comme lui,
Qui ne donne rien, même contre de la tendresse, même contre de l'amour.
Je m'en suis voulue, pendant longtemps.
Puis j'ai réussi à me raisonner.
J'ai peut-être été l'élément déclencheur, mais..
Je ne suis pas responsable de sa mort.
Jamais je ne lui ai fait de promesses. Dure, cassante, froide. Dès le début.
Il est tombé, comme une fille.
Et mon erreur à été de l'enfoncer au lieu de le relever. De l'enfoncer, pour tenir debout, moi.
Petite fille égoïste. Inconsciente aussi.
J'ai été aussi dégueulasse que lui.
Et ce qu'il m'a fait ne m'excuse en rien.
Mais..
L'idée que la passion puisse transformer quelqu'un à ce point n'a pas cessé de me terrifier.
Si un jour..
Est ce qu'après la chagrin, après les cris, les larmes, la colère...
Je redeviendrai cette fille là?