Petite fiction, bercée par des chansons tristes, le film "she's so lovely", un souvenir, et une envie d'essayer autre chose que vous raconter ma vie, toujours. Dites moi. :)
On ne donne rien, quand on donne peu.
"Si t'avais attendu, Si t'avais pris le temps
Si tu n'avais pas tout voulu, maintenant
On aurait gravé chaque jour
Au creux des lignes de nos mains,
Si j'avais su te dire,
Que viendrait pas à pas,
Celui que je vais devenir,
Et que tu ne vois pas
Si tu avais sur lire,
Au travers de l'enfant,
La promesse de nos désirs,
Au delà de l'instant,
On aurait compté chaque jour,
Sur les doigts liés de la main,"
J'allais partir..
Un an, loin d'ici, loin de tout, et surtout loin de lui.
De ma propre initiative.
Je sais qu'au fond, il n'a du commencer à y croire que le jour de mon départ. Tellement trop à lui pour tout lâcher. Jamais je n'aurais osé.
Avec le recul, je ne sais toujours pas ce qui m'y a poussée. Mais j'ai fait le bon choix.
Un choix qui m'a déchiré en deux. Je pleurais tellement la veille du départ. Il ne comprenait pas ma décision de le laisser, mais il ne disait rien. Toujours ce foutu principe de laisser à l'autre sa liberté. Ses choix, sa vie. D'être l'un à l'autre, mais de rester à soi. Je n'en pouvais plus, et jusqu'à la dernière seconde j'ai espéré qu'il me demande ne ne pas partir. Pas qu'il me supplie, pas qu'il m'implore, non, juste qu'il me le demande.
Je ne serais jamais partie, jamais. Si seulement..
Cette sale idée que moi j'aurais pu foutre ma vie en l'air, et qu'il serait partit quand même. Question d'opportunités de la vie à saisir, de découvertes, de jeunessse, et tout le reste. Toutes ces choses qui me faisaient si peur.
La veille, donc.
Je me suis accrochée à lui comme jamais. On a fait l'amour, je me souviens de tout, je ne me rappelle de rien. Tout ça est si flou et si net à la fois.
Il m'a dit qu'il m'attendrait. Ca m'a paru énorme, qu'il dise ça, lui.
Pas certaine d'en avoir eu la force, si les places avaient été inverses.. Je ne dis pas que je ne serais pas retombée dans ses bras au premier regard le jour de son retour. Simplement que je n'aurais pas eu le courage d'entre dans la peur pendant si longtemps.
Il a eu l'air serein. Triste mais serein.
Et moi, il fallait que je parte, il fallait que je vive sans lui, pour voir si j'en étais seulement capable.
Pour être plus forte que lui, juste une fois.
Alors, je suis partie comme ça.
Avec un garçon que je ne connais pas trop, qu'il connaissait juste un peu plus. Pas parce que
c'était lui, mais parce qu'il allait là bas. Que ça tombait bien. Et qu'en plus, il avait une confiance absolue en moi. Jamais je ne lui avais donné l'occasion de douter. Avait, oui.
Le premier soir, on s'est arrêtés, on s'est glissés dans nos sacs de couchages. J'avais froid, mais je ne disais rien. Il me manquait déjà atrocement. Je devais me retenir pour ne pas lui envoyer des sms par centaines, ne pas l'appeler. C'est une drôle d'impression que de se dire qu'on est mal, et par sa faute à soi. Qu'on fait du mal, aussi. Je me suis endormie en pensant à lui, ses je t'aime de la veille dans les oreilles, prête à rentrer aussi vite le lendemain.
Mais ça aurait été renoncer. Il fallait que je me batte contre moi même.
Partir avec lui? J'aurais aimé, lui sans doute moins. La perspective de passer une année complète seul avec moi. Il ne l'aurait jamais fait. On était de toute façons probablement pas prêts. Alors pourquoi?
Peut-être la faute à cette petite voix qui me sussurait depuis quelques temps qu'il aurait mieux valu se lancer quitte à se planter quelques mois plus tard, plutôt que de se contenter de ce qu'on avait déjà, même pour plus longtemps. L'envie de plus. L'envie de tout.
Une semaine a passé, puis un mois. Je comptais les jours avant de le revoir, mais en me trompant parfois, ce qui ne me ressemblait pas. Je lui avais promis de revenir après trois mois, juste quelques jours.
En attendant, mon copain de route et moi nous rapprochions. C'est une expérience étrange que de se retrouver seule avec un presque-inconnu et d'apprendre à se connaitre doucement, en partageant la même "maison". Il était beau, et je le remarquais seulement. Comme je remarquais seulement l'intêret qu'il me portait. Sa prévenance, et sa façon de s'inquiéter pour moi dès que je trébuchais. C'est comme si je commençais à ouvrir les yeux. Loin de tout, il m'avait fallu un mois pour penser à ce que j'étais en train de vivre et non pas à ma vie d'avant.
Quand un sms restait sans réponse plus d'une demi heure, c'était la panique. Depuis quelques jours, je n'avais plus cette peur. Parce que je m'habituais? Mon expérience du manque m'a appris qu'on ne s'y habitue pas. C'était autre chose.
Un soir, il faisait si chaud qu'on s'est arrêtés dans une petite prairie. L'avantage d'une maison qui roule.. Il n'y avait personne, alors on a fait un feu. Il n'y avait personne, alors on a dormi dehors.
Mais pendant la nuit, le feu s'est éteint, la chaleur s'est dissipée. Je grelottais tellement qu'il s'est réveillé.. Et c'est tout naturellement qu'il s'est glissé contre moi.
Il ne s'est rien passé, évidemment. On s'est simplement tenu chaud.
Avant de m'endormir serrée contre son corps, je me suis rendue compte à quel point cette chaleur humaine me manquait. Blottie contre ce garçon trop gentil pour être vrai, mon homme m'a manqué atrocement. Je me suis endormie, le coeur lourd. Est ce que lui aussi s'est endormi contre le corps d'une autre fille depuis le mien? Même sans qu'il ne se passe rien, parce que ma confiance en lui était toute aussi totale que celle qu'il m'avait accordée. Je m'en suis voulue très fort, de lui laisser cette possibilité. C'est contre son corps à lui que j'aurais du m'endormir. Il me manquait.
D'autres lieux, des rencontres, des soirées, les jours et les semaines passaient de plus en plus vite. Je me décidai enfin à lui téléphonner. Je n'avais pas osé depuis mon départ, réduisant nos contacts aux sms. Une peur terreur de découvrir tout ce qu'il n'a pas la place pour écrire dans un sms. Une peur de se perdre..
Sa voix m'a fait pleurer. Je lui ai promis de revenir dans moins d'un mois. Il a eu l'air content. Mais.. J'ai été surprise de sentir sa tristesse. Je l'avais toujours imaginé si fort que je n'avais pas pu imaginer qu'il aurait mal.
On avait pris l'habitude de s'endormir chaque nuit l'un contre l'autre. Même les nuits ou on ne dormait pas dehors, même les nuits qu'on passaient un peu partout. Il ne se passait rien, mais on s'endormait serré fort, parfois si fort que le matin j'avais des marques sur le corps.
Il m'avait fait comprendre, doucement, qu'il était tombé amoureux de moi. Qu'il n'avait rien cherché, et qu'il savait qu'il ne pouvait rien se passer. Mais en m'avouant tout ça, j'avais bien senti que ces phrases se terminaient en point d'interrogation.
J'étais incapable de lui dire oui, tout comme je me retrouvais incapable de lui dire non.
Alors, je lui parlais. Vraiment, à coeur ouvert. Que j'aimais si fort mon homme, qu'il me manquait, que je me sentais mal sans lui, mais qu'à coté de ça.. Il y avait cette chose contre la quelle j'avais de plus en plus de mal à lutter. La bulle de douceur qu'on avait crée tous les deux. Le fait de n'être jamais seule.
Ce soir là, il a essayé de m'embrasser. Je l'ai repoussé, mais je me suis endormie les lèvres dans son cou, les yeux trempés. Culpabilité, envie.. Mon gsm n'a pas arrêté de sonner cette nuit là.
Mon homme qui me répetait que je lui manquais de plus en plus, qui se mettait lui aussi à compter les jours. Dans moins d'une semaine je serais dans ses bras. Et qu'est ce que je faisais? Je m'enroulais autour du corps d'un autre, je respirais ses cheveux, on se levait de plus en plus tard, on se couchait de plus en plus tôt..
La veille du jour ou j'allais enfin le revoir, la veille de cette semaine en amoureux, de cette semaine à nous, ou personne ne nous dérangerait..
C'est moi qui l'ai embrassé.
Et qui l'ai laissé me faire l'amour.
Le matin, il ne m'a rien dit en me déposant devant la maison.
Je lui ai effleuré la joue avec mes lèvres, très vite, en lui disant de me laisser..
Du temps.
Evidemment, en entrant dans la maison, je me suis jetée dans ses bras, je pleurais tellement qu'il ne comprenait rien, il pensait que je le quittais, il pensait que je revenais, que j'étais si triste ou si heureuse, il ne comprenait pas ce qui m'arrivait..
J'ai passé une merveilleuse semaine, et ai pris la décision de repartir pour trois moi, et de revenir. Sans rien lui demander de plus que sa présence au quotidien. Je culpabilisais atrocement, mais je ne lui ai rien dit. J'en aurais été incapable. Je retrouvais ses mains, son corps, sa voix, je le retrouvais lui, et le reste perdait toute son importance. Comme toujours.
J'aurais à faire un choix.. Mais je n'étais pas prête à le faire. Alors, à lui qui ne m'avait jamais menti, je n'ai rien dit.
Je suis repartie le coeur gros, pour trois mois. Il fallait que j'aille au bout de moi. Il fallait que je sache si je vivrais avec lui au retour, ou sans lui. Il fallait que je décide de tout ça seule. Je devais aller jusqu'au bout.
Je me faisais l'effet d'un monstre. Comment je pouvais leur faire ça, à tous les deux? Mais surtout à lui, comment avais je pu décider de le quitter, de tout foutre en l'air, juste pour me prouver que la vie serait plus forte que moi, plus forte que notre amour? J'en voulais à mon compagnon de voyage, je lui en voulais, et c'était moi la fautive.
Il m'avait prouvé que mon amour n'était pas si pur, pas si indestructible. Que j'étais comme les autres, prête à trahir, à mentir, à salir. J'essayais de me convaincre que je n'étais que ça, une fille poussée par ses hormones, un soir.
Je me protégeais d'autre chose. D'une histoire qui me faisait peur..
On ne dormait plus ensemble depuis trois jours, le quatrième soir, je l'ai rejoint. Il ne bougeait pas, ne m'approchait pas. Je me suis couchée contre lui, et j'ai parlé, comme je le faisais depuis le début. Pour qu'il comprenne que je ne jouais pas, que c'était autre chose. Qu'il me fallait du temps pour finir l'histoire qui avait le plus compté à mes yeux.
Il m'a demandé si pendant cette semaine sans lui, j'avais fait l'amour avec lui? Oui. Il m'a demandé combien de fois, il m'a demandé les je t'aime, les promesses, les projets, il m'a demandé les détails. Et j'ai tout donné. C'est à lui que j'ai parlé. C'est ce soir là que j'ai pris ma décision.
Dans trois mois, je mettrais fin à la plus jolie histoire que j'avais jamais vécue.
Dans trois moi, je rentrerai chez moi, je le regarderai dans les yeux, lui, le premier a qui j'ai dit je t'aime, que c'est terminé, vraiment terminé, que je lui ai menti pendant des mois, et qu'il peut m'en vouloir, qu'il peut ne plus m'aimer. Mais que moi, je l'aimerai toujours.. Au fond.
Les trois mois passé hors du temps, dans les bras d'un autre, puisque tant que je n'avais pas quitté mon homme, mon amour restait un "autre", un intrus à nos coeurs, à notre histoire, ont filé si vite. Tellement vite qu'en rentrant, on emmenagerait tous les deux. Juste un peu, juste pas assez pour que ça ne se voye. Tellement vite qu'en rentrant, j'allais quitter une histoire d'enfant pour m'installer dans une vie d'adultes qui s'aiment comme des gosses.
En marchant dans l'allée, puis en franchissant la porte, j'étais effrayée. Je me répetais sans cesse : c'est la dernière fois que j'entre ici, la dernière fois qu'il va m'embrasser, la dernière fois qu'on sera "nous."
Qui aurait cru, six mois plus tôt que je le quitterais, que je m'en irais avec un autre, que je serais heureuse, mais tellement triste d'avoir à lui dire tout ça.
Il avait tout préparé. Il était beau, si beau. Si je n'étais pas tombée si amoureuse d'un autre, je l'aimerais toujours aujourd'hui. Ses yeux m'ont fait mal quand il a compris.
Il l'a su, au premier regard. Il s'est avancé vers moi, je l'ai pris dans mes bras.
"Je suis si désolée, tu n'imagines pas, je suis désolée"
" Vis avec moi "
Ces mots qu'il ne m'aurait jamais dit. Ces mots qui m'auraient fait sauter de joie il y à quelques mois.. Ces mots.. Que je n'esperais plus. Et dont je ne voulais plus aujourd'hui.
" ... On ne s'est jamais rien promis, tu m'as interdit les projets, tu m'as empêché de rêver, le soir je ne pouvais pas fermer les yeux en pensant au futur, je n'avais pas le droit.. Alors tu peux être déçu, tu peux avoir changé, tu peux être malheureux.. Mais tu ne peux pas m'en vouloir d'avoir fait des projets avec un autre.."
" Ca ne peut pas se finir comme ça. Ca ne peut pas."
Ca pouvait apparemment.
J'ai passé avec lui douze années merveilleuses. On s'est rencontrés juste avant nos quinze ans, quelques mois plus tard, on est tombés amoureux. Douze ans plus tard, on s'aimait toujours aussi fort, mais on en était toujours au même point. Et moi.. Je n'en pouvais plus, de l'aimer à l'espoir qu'un jour peut-être..
Je suis partie, et je n'ai jamais regretté mon choix.
Il n'y à que quand je le croise et que ses yeux me rappellent le reste..
C'est du passé tout ça.
Rien n'est éternel, rien ne dure toujours.
Rien ne vient à point à qui sait attendre.
J'ai eu besoin de partir.
Une façon de le mettre au pied du mur, sans rien lui dire.
J'ai eu besoin de partir, mais une fois partie, je n'ai pas pu me résoudre à revenir.
L'amour est tout. Mais il ne fait pas tout.