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.Parfois, ça me prend à la gorge. J'ai 20 ans, sur le papier. Le papier ose même dire que dans un mois et demi, j'en aurai 21. Ca me glace. J'ai peur et souvent, je me débats contre ça. Je fuis ce qui me semble trop adulte. Ma mère me dit souvent que je manque de maturité, et mon père que je suis encore petit dans ma tête. A 21 ans, ils étaient mariés. Mariés.. Ca me donne le tournis. Parfois, j'essaye d'imaginer. Je me vois présenter mon mec « mon mari », et ça m'apparaît d'un ridicule fini. Si je ferme les yeux, j'ai toujours les mêmes rêves. Je veux me marier, quand je serai grande. Faire passer l'amour avant tout, et la famille ensuite, aussi. Mais ces rêves ont le même goût qu'avant, ils sentent les « un jour », les « plus tard ». Je ne suis prête pour aucune de ces choses. J'aurai 21 ans le 30 mai. J'avais dit, à 18 ans, qu'on avait qu'à faire comme si la majorité était toujours fixée à 21 ans. Et trois années ont passé, comme ça, je n'ai rien pu faire contre. J'ai eu peur, mais ça n'a pas éloigné le danger. J'aurai 21 ans, et dans ma tête, j'en ai encore bien souvent 14. J'ai l'allure d'une adolescente, et si je me vexe parfois quand les vendeuses (plus jeunes que moi) me parlent comme à une enfant, je crois que ça me plaît. Les tests pourris des magazines, ceux des forums de psychologie me disent que je suis encore une enfant, souvent. Je suis toute fine. Aux visites médicales, on me demande souvent si je mange à ma faim, si j'ai des problèmes, et parfois, on ose la question de l'anorexie. J'ai des troubles alimentaires, mais pas celui là. J'ai en moi un Peter pan qui sommeille, mais il n'a pas pris toute la place. Je fais du 36, dans les boutiques qui taillent trop petit. Du 34 ailleurs. Ca accentue encore mon coté enfantin. Mais presque tout me va. Les complexes finissent par disparaître, puisque j'ose aussi les blouses amples. Je suis un peu perdue dedans, mais tant pis. Je sais que sous les tissus, il y à un corps qui vit, un corps qui jouit. Je ne ressens plus le besoin de tricher. Je plains sincèrement les filles mieux foutues que moi qui se pourrissent la vie. On voit mes côtes, on voit mes hanches, mes clavicules aussi. Mes seins tiennent dans les mains de mon amoureux, mais je m'en fous, parce que quand il les voit, il a envie de moi. Je me sens petite en taille, aussi. Pourtant, j'ai atteint la taille moyenne. 1m66. Mais pour moi, comme pour ceux qui m'ont connue à 13 ans, dans mes salopettes informes, je reste la « petite ». Et ça aussi, ça me va.
A l'âge ou pas mal de mes amis passent leur permis, je continue de le fuir. Ceux qui conduisent ce sont les grands. Je ne veux pas, pas encore, pas maintenant. Je préfère le siège passager, et fermer les yeux.
Je suis bourrée d'angoisses. En fait, je dois en avoir une, énorme, plus grande que moi. Je n'ai pas encore pu mettre le doigt dessus, et en attendant, elle prend les formes les plus variées. Il y a l'angoisse qui s'est installée il y à des années : la peur de vomir. C'est ridicule, et ça entraîne une quantité assez incroyable de questionnements, d'anticipations, de tremblements tard le soir. Je lutte, je me débats, et un jour j'en finirai avec ça. Il y a celles qui sont plus fugaces : la peur de mourir, la peur qu'un jour mes peurs s'en prennent à ce que je vis avec lui, la peur de finir seule, la peur des mains sales. Elles vont, elles viennent, changent de forme. Je m'y fais presque. Elles ne durent jamais bien longtemps. Je m'en veux souvent, parce que voilà, ma vie c'est ça : un amoureux que j'aime, qui m'aime, une histoire qui a maintenant plus de 4 ans et qui me rend heureuse, c'est aussi avoir trouvé enfin une école qui me plait, et m'y sentir assez bien pour travailler et – jusqu'à présent- réussir, c'est avoir retrouvé l'envie de me lier à certaines personnes, sans revenir toutefois à cette période un peu bête ou on croit qu'après deux jours, on est amis pour la vie, mais c'est aussi en avoir fini avec des complexes idiots. Je me sens jolie, la plupart du temps. Tout ça, c'est une vie qui va bien. A coté, j'ai des soucis, comme tout le monde, mais rien d'alarmant. A croire que j'aime me gâcher la vie, avec ces angoisses. Si elles n'étaient pas là, j'aurais tout ce qu'il faut pour être heureuse (et si ça aussi, ça me faisait peur ?).
Je suis aussi la fille qui trouve totalement absurde qu'on doive mourir, et qui est tétanisée à cette idée. Je suis la fille qui déambule en petite culotte dans sa chambre, qui se jette dans ses bras, et s'enroule autour de lui comme un paresseux, qui en appelle à sa force, à son coté posé, adulte et réfléchi. Je suis la petite fille amoureuse. C'est mon coté tendre, c'est l'enfance, toujours. Quand il me ramène en voiture, alors qu'il n'a pas le permis, au fond, je me sens fière, j'aime qu'il soit plus grand que moi. Ses mains sur le volant m'apaisent. J'ai peur en voiture, avec lui, je suis en confiance, alors que voilà, il n'a pas l'expérience de la route. Quand il est là, je me fous des risques, je crois. Je suis en sécurité.
Je suis sa petite chose, je suis minuscule, j'ai besoin que sa peau recouvre la mienne, que sa voix m'apaise. Et plus que tout, j'ai besoin que son corps me désire, qu'il me fasse l'amour, tous les jours, je ne sais pas ce que je cherche dans le sexe, mais je ne peux plus m'en passer. Je suis la petite fille qui ne le voit jamais en dessous dépareillés.
Je suis la fille tactile, qui ne sait pas faire la part des choses. Mon premier amoureux était mon meilleur ami, ma première amoureuse, l'une de mes meilleures amies. Quand je vais chez elle, on a oublié les caresses, les je t'aime et ce qui fait la relation amoureuse. Mais on passe toujours notre temps serrées l'une contre l'autre. C'est tout, ou rien, et c'est toujours comme ça. L'Ex, le seul à avoir compté presque autant que l'amoureux, je l'ai jeté hors de ma vie. C'est tout, ou rien, de lui, je n'ai plus voulu les bras, la tendresse, l'odeur. Je suis comme ça. Et c'est comme ça pour tout.
Je suis une fille curieuse. Et spontanée, surtout. On me le dit souvent. Et j'aime l'entendre. Mes limites sont floues. Comme dit la chanson, une idée passe.. Et je la suis. Il parait que je fais passer des moments "inattendus" aux gens. Et que je suis impromptue.
On me croit naïve, à l'extrême, mais j'ai plutôt l'impression que c'est juste ma spontanéité qui donne cette impression. Rien d'autre. Parce que je suis plutôt cynique. Même si je lutte. Hier, j'ai vu en couverture d'un magasine "la génération G : gentille et généreuse". Ça m'a fait marrer.
J'ai des idées, et c'est la seule chose pour la quelle je comprenne qu'on puisse se battre. On me reproche parfois d'être butée, et c'est une erreur. Quand j'ai tort, je l'admets.
Je suis juste dégoûtée par ces gens qui sous le couvert d'une belle argumentation croient pouvoir justifier les pires idées qui soient. Je suis entière, et si ça pose parfois des problèmes, moi, j'adore ça. Je déteste ceux qui confondent comprendre et accepter. Accepter sans chercher à comprendre, c'est facile, et idiot. Je refuse de me cacher derrière des mots.
Quand je prends conscience qu'une de mes connaissances est raciste, vote extrême droite, ne tolère pas l'homosexualité, et j'en passe, je la dégage, je mets les voiles. Je n'ai plus envie de perdre mon temps, de m'entourer de poisons.
Si cette personne mime un singe en voyant un black sur un terrain de foot, qu'importe le reste de sa personnalité, à mes yeux, cette personne n'en vaut pas la peine, et je file sans aucuns regrets. Mieux vaut être seule, que mal accompagné.
Je suis incapable de comprendre ceux qui tolèrent la connerie, la bêtise. Je l'ai en horreur. Je sais, c'est mal, mais j'ai tendance à mépriser le manque d'intelligence. Plus jeune, je prenais en grippe les « bonnes élèves », qui a 16 ans devaient travailler chaque soir jusque 23 heures pour obtenir 70 pour cent. Ça aussi, c'est l'un de mes défauts. J'aime les gens brillants.
Je suis incapable de porter de l'intérêt à un homme qui ne me semble pas exceptionnel. Si un homme n'a rien à m'apprendre, il n'a rien à faire dans ma vie. Je suis intransigeante là dessus. J'ai rarement rencontré de personnes plus intelligentes que ne le sont mon meilleur ami et mon homme. Je suis tombée amoureuse de leur assurance, aussi.
Les hommes qui m'attirent sont des gars arrogants, et souvent des petits cons. Ils sont séduisants, mais surtout, ils ont une faille, quelque part, qu'ils cachent derrière leur charme. Un petit rien un peu ridicule, dépassé, un anachronisme. Ils peuvent être de vrais petits cons, comme je l'ai dit, mais curieusement, je suis attirée par les mecs bien. C'est une chance, je pense.
Pour les filles, c'est différent. Je recherche plus chez elles des qualités humaines. J'aime l'idée d'avoir une ou deux amies proches avec qui parler de sentiments, de ressentis. Et des copines, avec qui je peux être futile. Avec elles, je n'ai pas l'impression d'avoir des choses à prouver.
On a tendance à me traiter comme une petite chose précieuse,
Même si à mes yeux, je suis seulement fragile.
Je ne sais toujours pas ce qui viendra demain, et je rêve encore souvent à l'avant, mais je crois que je commence à aimer la vie au présent, aussi.